Une question d'esthétique

Publié le 16 Août 2016

Photos by Efrat Shahar

Photos by Efrat Shahar

J'aurais aimé, pendant longtemps, être comme ces femmes qui se maquillent tous les jours sans même y penser- parce que c'est comme un passage obligé- ou se coiffent de jolies tresses avec deux doigts et le tour est joué. Moi si je fais ça, la tresse ne ressemble à rien. Je sais pas me coiffer, je sais pas me maquiller, et j'ai jamais ressenti le besoin d'apprendre. J'ai passé du temps à me demander comment je pourrais m'inspirer de tel maquillage ou de telle coiffure, je n'ai pas essayé longtemps les tutos sur youtube, je me lasse au bout de 15 secondes. J'aurais aimé ne pas me lasser. Je n'ai jamais compris comment certaines femmes trouvaient le temps et la motivation pour avoir toujours une manucure impeccable, une ombre à paupières maîtrisée, de la poudre aux joues, c'était quoi leur secret pour aimer ça ? Je ne me suis pas entraînée beaucoup, le maniement des crayons, le blush, tout ça... J'aurais aimé que ça m'intéresse. J'ai souvent pensé que c'était une question de flemme, mais avec le temps, j'ai compris que c'était une question d'autre chose, au fond. J'ai un rapport au corps, à "l'enveloppe", assez particulier. Pour moi, le corps dans son ensemble, bien avant d'être une toile blanche qu'on peut maquiller, transformer, c'est tout autre chose. Le corps, c'est ma machine extraordinaire qui me permet de faire mille choses. C'est lui qui me fait tenir debout et me permet d'avancer, c'est lui qui me donne l'énergie d'en faire plus, ou au contraire me fait ralentir, c'est lui qui me porte, me transporte. C'est lui qui me procure mille sensations, qui me dit d'aller me coucher, de manger, de respirer, d'observer, d'écouter, de lâcher prise, de rester, de partir, de tenir, c'est lui qui me permet de faire du yoga et de ressentir chacun de mes mouvements, lui qui me permet de courir, de sauter, de nager, de danser, lui qui me connecte, aux autres, à ce qui m'entoure, à moi, lui qui m'indique par des sensations furtives dans quelle direction avancer, le corps, c'est une histoire de vie avant tout. Je crois que j'ai de plus en plus envie d'assumer cette manière d'être. J'ai essayé d'être autrement, ce n'est pas moi. J'aime sortir de chez moi comme si je venais de me lever. J'ai toujours aimé ça, et depuis peu, je me dis que c'est peut être une chance d'avoir ce détachement-là. Les cheveux un peu défaits, des cernes visibles, je m'en fous, la peau juste nettoyée avec un savon tout doux, une huile dans les cheveux et sur les épaules, un baume à lèvres, ça me suffit. L'essentiel est un peu ailleurs. Et puis parfois, bien sûr, je mets de l'anti-cernes, du mascara, ou pas, et aussi du rouge à lèvres, parce que j'adore ça, le rouge à lèvres, je prends le temps et j'y prends plaisir. J'ai fini par comprendre que je me sens plus sereine et plus forte sans "masque", la peau nue, et que c'est sûrement pour cette raison que je n'ai jamais voulu apprendre, c'était pas tellement une question de flemme, c'était bien une question d'autre chose, je commence enfin à apprivoiser ça.

Une question d'esthétique

Rédigé par Magali

Publié dans #carnet d'humeurs, #Mode&Style

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