Me perdre quelque part

Publié le 19 Novembre 2016

Me perdre quelque part

Quelqu'un m'a dit un jour que j'étais une grande voyageuse. Ce n'était pas la première personne à me le dire. Je n'ai jamais compris pourquoi. Je vois les grands voyageurs comme des aventuriers qui partent seuls et qui n'ont pas peur. Moi, j'ai peur.

Il y a environ 15 ans, je suis partie quelques semaines en Angleterre, et comme la tendance était d'aller à Londres, j'avais coché la case Cambridge sur la feuille d'inscription. Il y avait aussi l'option Oxford, et peut être bien Liverpool je ne sais plus très bien. Je n'avais pas de préférence, j'avais 15 ou 16 ans, j'allais en Angleterre, la destination, je m'en fichais, j'étais heureuse. Cambridge sonnait bien. J'étais inscrite dans des cours d'anglais les journées. J'ai gardé de ces quelques semaines des tas de souvenirs, la petite ruelle de mon logement, les fleurs et les petites maisons, ma petite chambre à l'étage, les mots de slovaques que j'ai appris avec la fille au pair de la famille d'accueil, les prénoms des petites filles qui doivent avoir aujourd'hui plus de 20 ans si mes calculs sont bons, je me souviens des erreurs de langage que j'ai faites le jour de mon arrivée et je n'ai jamais jamais oublié la bonne façon de dire, les erreurs sont excellentes, j'ai ramené avec moi le plaisir nouveau de boire du thé en mangeant et l'envie me prend parfois de dîner à 17h, je pense que ça ne vient pas de nulle part. Des sorties étaient régulièrement organisées par l'école. Je m'étais inscrite pour la journée à Londres. Je ne me rappelle de presque rien, je me souviens de Buckingham, du ciel gris, de la course pour aller d'un point à un autre. Je n'ai jamais eu depuis "l'appel de Londres", c'est presque à deux pas d'ici pourtant et pour un tas de raisons, je n'ai jamais remis un pied là-bas ni ailleurs au Royaume Uni. Depuis cet été-là, il y a eu des destinations lointaines, d'autres un peu plus proches, il y a eu des choix et celui de retourner en Angleterre ne s'est jamais fait. Certains vont à Londres, facilement, comme je vais à Paris.

Me perdre quelque part

Alors Paris, justement. Je pensais à Paris ces derniers temps. Et je sens naître quelque chose de nouveau, jamais ressenti avant. Je sens que j'arrive au bout d'une histoire avec cette ville. Pas de l'histoire entière, mais d'une histoire. A chaque séjour, je découvre et je m'émerveille, cette ville, je n'en aurai jamais fait le tour, et tant mieux. Mais ce au bout de quoi j'arrive, c'est peut être le petit frisson de l'inconnu. J'ai parcouru la ville, seule, en famille, entre amis, seule encore, j'ai connu les rencontres, l'inattendu, l'attendu, la pluie, le soleil, les retrouvailles, la mélancolie, la joie, le frisson, l'étonnement, le hasard et les coïncidences, la magie. Oui, j'ai connu la magie à Paris, et peut être que la magie, c'est difficile de s'en remettre, peut être qu'après la magie, c'est difficile de faire mieux. J'arrive doucement au bout de quelque chose, au bout de ce rêve que j'avais enfant, de me construire une histoire avec cette ville une fois devenu adulte, oui c'était un rêve, pouvoir déambuler et me perdre, sans crainte, connaître les noms des rues, les lignes de métro, les adresses et les petits détails ici et là. Cette ville lumière que je rêvais de faire mienne, je l'ai faite un peu mienne d'une certaine façon. Pour une échappée, de quelques jours, c'est à Paris que je pense en premier. Toujours. Bien sûr il y a l'attrait d'une expo, d'un évènement, d'une adresse encore jamais testée, et il y en aura toujours, l'attrait d'un musée, l'attrait de la beauté. Mais quelque chose est devenu confortable. Je n'ai plus peur de me perdre. Et je crois que je suis prête à me perdre ailleurs. Je crois que j'ai besoin de me perdre ailleurs. Ce rêve d'enfant, d'aller à Paris comme si c'était chez moi, je crois bien que je l'ai réalisé.

Me perdre quelque part

Il y a autre chose que je dois dire à ce stade, j'ai une crainte et un attrait complètement paradoxaux pour les voyages. J'adorerais voyager comme le font des gens, n'importe où, seul. Mais je vous assure, je ne suis pas comme ça. J'ai peur. J'ai peur de me perdre, j'ai peur de ne rien comprendre dans la langue étrangère du pays, de ne rien piger aux panneaux et au fonctionnement de tout. Oui, je parle anglais, oui, je le comprends pas mal du tout. C'est irrationnel. Il arrive un moment où la privation de plaisir par crainte devient bien plus lourde que la crainte elle-même. Je repoussais cette petite crainte dans un coin de ma tête depuis bien longtemps, au quotidien, ce n'est pas bien grave si je ne prends pas de billet pour l'Irlande ou Stockholm, ça ne m'empêche pas vraiment d'avancer dans la vie. Ou peut être que si. Avant, j'arrivais facilement à faire taire cette crainte, à ne pas l'écouter, à lui dire d'aller se ranger dans un coin. Et je ne m'aventurais pas trop loin toute seule, c'est tout. Aujourd'hui, pour tout un tas de raisons, la crainte bizarre a surgit devant moi et j'ai su que c'était le moment. J'ai su qu'aujourd'hui, j'étais plus forte qu'elle. J'ai su qu'elle ne gagnerait pas. Mais surtout j'ai compris autre chose. Elle est là, et peut être qu'elle ne s'en ira jamais, peut être que je dois apprendre à cohabiter avec cette petite peur. Au lieu de la faire taire, lui dire, OK, je t'entends, tu es là, tu existes, mais ce n'est pas toi qui dois décider si oui ou non je prends un billet pour telle destination, contentes toi d'exister, je me charge du reste.

C'est un peu de cette manière que j'ai décidé qu'il était temps de retourner en Angleterre, à Londres, quelques heures, une journée. Pointer le bout de mon nez, mon passeport en main, et ma drôle de crainte qui se tiendra bien sage dans un coin, et voir. Qui sait, peut être que cette ville pourrait devenir ma nouvelle échappée, mon nouveau lieu magique comme l'a été Paris si longtemps. Il est temps que j'aille prendre ma dose de magie en dehors de ma zone de confort.

Me perdre quelque part

Rédigé par Magali

Publié dans #carnet d'humeurs, #un peu de moi (dedans)

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