Le corps

Publié le 25 Août 2017

Voici un texte que j'ai écrit l'hiver dernier, dans le cadre d'une "semaine spéciale gratitude", lancée par Anne-Solange Tardy, qui organise parfois des petits moments sympas sur internet. J'avais écrit ce texte-ci pour le groupe privé Facebook des participants à cette semaine spéciale, et puis je me suis dit que c'était dommage de ne rien en faire de plus, alors je l'ai publié sur Ladies Room et puis la rédaction l'a mis en Une et a choisi une très belle photo en noir et blanc, un corps nu vu de dos, dos et fesses nus donc, pour illustrer, mais le lien de l'article a été supprimé par Facebook sans doute à cause de la photo pour "contenu indésirable". Je n'ai pas envie de faire changer la photo de l'article sur LR. Alors je re-publie ici sur le blog pour mettre le lien sur mon mur facebook, avec une photo de moi. A poil, sur une plage naturiste. Non, je plaisante. En même temps, on peut pas vérifier.

Photo by Sarah Levy

Photo by Sarah Levy

Mon corps. Drôle de machine que j’oublie la plupart du temps. Machine qui m’accompagne, me permet d’avancer, me connecte, au monde, aux autres, à moi. A chaque instant. Et moi, je n’y pense pas. Comme s’il était normal, et juste, que cette machine fonctionne parfaitement.

Bien sûr que c’est juste. Bien sûr que le corps, les corps devraient fonctionner, tous, sans accroc. Mais ça n’est pas le cas. Pas pour tout le monde. Et je l’oublie, on l’oublie si souvent.

Pourtant, j’en ai rencontré des corps abîmés. Des corps d’hommes et femmes qui n’ont d’autres toits que le ciel ouvert. Même quand le ciel est sombre et qu’il s’échappe de la buée à chaque mot prononcé, les matins froids d’hiver. Ces corps-là sont fatigués, si fatigués, et parfois lâchent, après avoir prévenu plus d’une fois.

J’ai rencontré des corps qui ne répondaient pas. Des corps d’enfants dont les jambes n’avancent pas. Des corps avec des grains de sable dans le mécanisme. Et moi, j’oublie que mon corps n’a pas de grain de sable dans le mécanisme.

Oh bien sûr, parfois, il y a un petit quelque chose. Un tout petit grain, au bras, à la nuque, dans le dos, dans la jambe, un petit quelque chose qui vient me rappeler que c’est dans l’esprit qu’il y a peut être quelque chose. Mon corps sait bien faire ça. Tirer la sonnette d’alarme. Je ne l’écoute pas toujours. Je suis têtue. Mais il finit par avoir le dernier mot. Toujours.

Je n’ai d’autre choix que de l’écouter quand il me fait tout à coup si mal, vous savez, cette douleur musculaire ici ou là qu’on prend bien soin la plupart du temps d’ignorer. Mon corps est extraordinaire. Il me parle. Il m’envoie des messages. Et insiste quand je n’écoute pas.

Je ne sais pas encore, et ne saurai sans doute jamais tout à fait comment il fonctionne ce drôle de corps, comment il peut si bien s’ajuster à mes demandes parfois exigeantes, mais il répond. Et me surprend. Parfois, je lui fais prendre des positions aux noms d’animaux sur un tapis rectangulaire. Il aime bien ça, on rit ensemble.

Parfois, je l’oblige à apprendre des enchaînements, demi-pointes aux pieds, une main sur la barre. Là, souvent, il rechigne. Il me fait rire ce corps un peu maladroit, ces jambes qui s’emmêlent et font n’importe quoi. Mais il se tient debout et persévère.

Merci à cette enveloppe incroyable dont je ne percerai pas tous les secrets, et c’est bien comme ça, merci à mon corps d’être ce qu’il est, dans tout ce qu’il a d’unique. Mon corps, tu sais, je n’en voudrais pas un autre que toi.

Rédigé par Magali

Publié dans #carnet d'humeurs

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