Un matin d'Août

Publié le 11 Août 2017

Photo, Sarah Levy.

Photo, Sarah Levy.

La fenêtre était ouverte, il était déjà 8 heures, je n'étais pas bien sûre de ce que j'entendais, j'ai relevé la tête de l'oreiller, les yeux mi-clos, le son qui me parvenait se confondait à d'autres bruits provenant de l'extérieur. Et puis, plus de doute, c'est bien la pluie, elle est tombée plus fort tout à coup, le son se fit très distinct. Alors j'ai fait ce qu'on fait tous quand la température change, souvent, en Août, j'ai remonté la couette un peu plus haut sur les épaules pour la première fois depuis des semaines. Et puis, la pluie a ralenti, ça faisait maintenant comme des petites gouttes, j'aurais presque pu les compter. J'ai sauté hors de mon lit, 8 heures c'est bien, j'ai le temps. Un citron pressé, une envie de méditer, depuis quelques jours, j'ai cette envie, alors je mets une vidéo sur internet, je m'allonge sur mon tapis violet. Je pense à un tas de choses, et si une araignée me grimpait dessus pendant que je suis allongée au sol, mais non, je sens l'air frais entrer par la fenêtre ouverte, je suis bercée par la voix de Adriene Mishler et j'ai envie de dormir, et je me culpabilise d'avoir envie de dormir alors que je viens de me lever, et puis je ne sais même plus ce qu'elle raconte en anglais, je raccroche au moment où elle entame un exercice de respiration. Inspire, bloque, expire. Inspire, bloque, expire. Inspire, bloque, expire. Et la séance s'achève peu après ça. Et je me sens bien. J'enchaîne sur un yoga for rainy day. Je fais n'importe quoi. Je suis là mais je ne suis pas là. Je ne suis pas du tout concentrée. Je pense, je divague, je me juge dans mes postures, je repense à mon ancienne prof de yin yoga dont j'ai séché les dernières séances, je revois son visage soudainement je ne sais pas pourquoi. Je n'écoute pas ce que dit Adriene. Et puis j'écoute, je me force un peu. Je n'arrive pas à faire taire le flot de mes pensées, alors je n'essaye plus, je fais seulement les postures, et je laisse filer ce qui arrive dans ma tête. Et j'essaye de "m'installer" dans les positions. Et puis c'est la fin, un moment de calme, encore allongée, et là je n'ai plus du tout envie de dormir. Adriene remercie, et dit qu'un jour de pluie, il y aurait tellement à faire d'autres choses que faire du yoga, qu'on aurait pu choisir Netflix, pianoter sur son téléphone, mais que non, on est là parce qu'on l'a décidé et on a choisi le yoga, et là je me sens tout à coup fière de moi, parce que c'est vrai, j'ai fait comme j'ai pu, j'ai pas mal fait ma séance, j'ai fait juste comme j'ai pu, c'est la fin de la vidéo, je me lève, j'enroule le tapis, et je me sens bien. Vraiment, vraiment bien. Un petit déjeuner, bananes, abricots, graines de chia... Et me voilà partie côté cuisine. L'eau qui bout, ce son particulier, les pois chiches qui s'entrechoquent doucement dans la casserole, la pluie qui se remet à tomber doucement, elle a l'air si fine, on dirait un voile de dentelle qui tombe devant mon balcon, je m'installe avec un livre. Ensuite, je lis un mail, un joli message auquel je ne m'attendais pas, et un autre qui annonce une bonne nouvelle. J'envisage les semaines à venir, la rentrée se fait une place dans ma tête peu à peu. Le stage de fin d'études, de nouvelles activités à venir, et le travail sur le mémoire. Je pars dans mes pensées. Pendant ce temps, le son tranquille des légumes qui dorent à feu doux dans de l'huile de coco, un peu de rangement ici et là, Wuthering Heights de Kate Bush dans les oreilles, ça me donne envie de lire le livre, Les Hauts de Hurlevent, un jour comme aujourd'hui ce serait parfait, la lumière est si sombre tout à coup, le ciel un peu chargé, ça me rappelle la lumière un peu sombre qu'il y avait dans le bureau de ma kiné hier matin alors qu'il faisait tout gris dehors, je revois les plateaux de bois sur lesquels pendant quelques semaines j'ai appris à tenir mon équilibre sur une jambe, je me revois trembler comme une feuille le premier jour, ma cheville pas sûre d'elle du tout, et penser mais comment c'est possible de tenir à cloche pied sur une planche pas stable ? et je me revois séance après séance, y prendre goût, les petites planches pas stables, les carrées, la ronde, le trampoline, les massages au baume du tigre, et les photos en noir et blanc des danseurs dans la salle d'attente, le premier jour ça m'avait fait sourire, ça me paraît loin soudain ce premier jour, il faisait très chaud je crois, hier, c'était la dernière séance, le ciel avait un joli gris. Depuis quelques semaines, les séances rythmaient les journées, ça devenait une habitude, mais c'est pas fait pour durer un suivi de kiné, c'est fait pour rebondir et partir, "remise en place" enfin, ce matin en me levant, j'ai senti que quelque chose dans l'air avait changé, comme la couleur du ciel. L'été a pris un tournant. Il pleut, j'ai mis un gilet en prenant mon café, et je peux tenir debout sur demi-pointes maintenant, et je me souviens de cette vidéo de Kathryn Morgan, une danseuse américaine, à propos des blessures qui empêchent les cours de danse, j'avais regardé ça le pied installé en hauteur sur des coussins, c'était en Juin, c'était pour me donner un peu de courage, soyez patients, et quand vous reviendrez, vous serez au mieux de votre forme, better than ever... j'avais souri, et j'avais eu confiance. Je vais enfiler mes bottines en caoutchouc, et filer au magasin qui a réouvert, les vacances sont finies, et acheter de nouvelles demi-pointes. C'est une matinée parfaite.

Rédigé par Magali

Publié dans #carnet d'humeurs

Repost 0
Commenter cet article