Scènes de Paris

Publié le 14 Février 2014

Scènes de Paris

A Paris, j'aime la possibilité que rien ne se passe vraiment comme prévu. Que tout se passe en dehors d'un cadre. Laisser les guides, les cartes, les adresses dans la valise. Et me laisser porter pour atterrir en des lieux inconnus. Des lieux improbables. Des appartements insolites. J'aime l'idée que ce que je vis est mieux que tout ce que j'aurais jamais pu écrire sur ma liste de choses à faire.

A Paris, j'aime boire à ces terrasses chauffées l'hiver. Et parfois laisser la conversation et les gens là où ils sont, me perdre dans mes pensées, tapoter le verre du bout des doigts et regarder défiler les voitures. Le flot ininterrompu de la circulation sur le quai. Les voix autour se font lointaines. 

J'aime regarder les gens autour, les femmes surtout, leur manière de s'habiller, souvent parfaites dans leurs imperfections. Les cheveux ramenés négligemment sur une épaule, un sac de cuir marron en bandoulière, une chemise blanche coincée dans le haut du jean, une veste à carreaux trop longue, une écharpe trop grande qui frôle les lèvres et ne laisse apparaître que les yeux.

A Paris, j'aime la lumière à la fin du jour. Quand tout ralenti soudainement, que le soleil caresse une dernière fois la Seine. Que le froid pique les joues. Alors, allumer une dernière cigarette avant d'y aller. J'ai rendez-vous. Une dernière en attendant que la nuit m'emporte je ne sais où. Il fait froid. J'attends. Je fume. La cendre se consume doucement, je laisse tomber le mégot à mes pieds. Je ne sens plus mes doigts, ils sont gelés. Pas grave. J'ai dans la tête des idées qui me réchauffent. Je jette un dernier regard vers Notre Dame. Je me dirige vers une ruelle. C'est là que tout commence. Je repense à ce film de Woody Allen et je me surprends à penser que oui, la vie à Paris peut être comme un film si on y croit. Si on se laisse embarquer. Au gré d'une rencontre. D'un rendez-vous. D'un désir. Se laisser surprendre. Et laisser le hasard nous manipuler.

 

Scènes de Paris

Quand je vais à Paris, je frémis toujours, le billet entre les mains. Des papillons dans le ventre quand on s'élance sur les rails. Et puis le train freine sa course. Il y a cette émotion quand j'aperçois l'horloge de la gare. Dès lors, je sais que le temps sera compté. Il faut profiter. C'est toujours la même émotion, sans lassitude après toutes ces années. Une légère excitation au creux du ventre. Le temps de quelques jours, je me perds dans ses rues pleines d'histoires, d'autres que les miennes, et j'entends au creux de l'oreille les belles promesses que me fait Paris. Je sais qu'elle ne m'appartiendra jamais. Je ne vivrai jamais à ses côtés. De passage elle est merveilleuse. Mais de passage seulement. Je vis mieux éloignée d'elle. Comme d'un amant. C'est juste une parenthèse. Une parenthèse de vie pleine de liqueurs enivrantes, de halos de fumée et de mots charmeurs. De regards ravageurs et un peu menteurs.

Et puis. Il y a ce déchirement qui dure quelques minutes à mesure que je laisse tout derrière moi. La fin du voyage. Il y a toutes ces images qui s'entrechoquent. Des flashs qui m'envahiront encore pendant des jours. Jusqu’à l'obsession. Des images de sourires espiègles, de rendez-vous manqués, d'une main qui frôle mon épaule et de pensées interdites, de regards détournés, de soirées un peu dingues, de l'heure qu'on oublie, de bouteilles qu'on ouvre. De verres resservis qu'on ne consommera pas et de phrases qui finiront dans un souffle. Paris me laisse en tête des instants fugaces qui ont le goût d’éternité.

Partir est un soulagement. Quitter l'illusion étourdissante d'une vie là-bas. M'extraire d'une scène de cinéma pour retrouver ma réalité. Loin de l'effervescence. Paris est un amant un peu addictif. Heureusement il suffit de s'en éloigner pour que l'effet s'estompe. Mais quand on le retrouve... tout recommence.

Rédigé par Mimi

Publié dans #Paris, #Escapades

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