India # 6 : Retour en France

Publié le 26 Août 2012

J'ai repoussé l'écriture de ce billet, le dernier sur l'Inde, jusqu'à aujourd'hui. La peur de ne pas trouver les bons mots pour en parler une dernière fois. La peur de laisser une dernière impression et de l'incompréhension à tout ceux qui me liront. Comment expliquer? Comment dire que ça n'a pas été un voyage facile? Comment l'écrire?

Hier, je suis retombée sur des affaires que j'ai ramenées de là-bas. Un tube de crème, une tunique bleue, et des bijoux, je glissai à mon doigt un anneau tout en pierre. Je me suis rendue compte qu'elle n'était plus là, la douleur au creux du ventre, je n'avais plus ce pincement qui me saissisait depuis mon retour, à chaque fois que je retombais sur un objet d'Inde. Evidemment, je ne retombais pas souvent sur ces objets, je les avais rangés loin de ma vue, dans un coin.

Alors j'ai commencé à y repenser. Aux souvenirs. On arrive à Paris, l'avion se pose, je me sens fatiguée, soulagée, je réalise. Je regarde les rues, les gens. Tout a disparu, des couleurs et du foutoir des rues, il n'y a plus rien. Les trottoirs me paraissent si propres tout à coup, je mangerais dessus. Un feu vert, je traverse la route, je m'apprête à faire un bond d'un mètre, j'ai encore peur qu'on me fonce dessus, je ne sais plus trop comment ça marche ici. Le ciel se dégage, il n'y a pas d'odeur, rien dans l'air. Je caresse mes cheveux, ils sont frisés. Ils ont la texture d'ici. Pas de là-bas. Il n'y a plus de poussière dans l'air. Je suis rentrée, voilà, c'est fait. Et puis, je dors, je dors, je me réveille et je tombe malade. Ca durera quelques semaines.

Au téléphone ce jour-là, le jour du retour, E. mon amie du voyage, raconte, elle raconte un peu, pas trop, comment peut-on raconter un voyage en trois mots? Elle parle avec quelqu'un, et puis elle raconte que ça a été un peu dur, quand même, pour son amie. J'ai la poitrine serrée. Je m'effondre. Je me souviens de cette nuit d'insomnie, repliée sur le lit, j'essaye de me concentrer sur le ronron de la clim'. J'écoute la respiration de E. Elle dort tranquillement. Je n'ose pas la réveiller. Comment fait-elle pour dormir? Depuis que je suis là, je dors très peu. Je m'endors tard, je me réveille en même temps que le soleil. Je me souviens où je suis. Plus moyen de refermer les paupières. La journée, je bois des litres d'eau, peut être pas suffisamment, parfois je frôle le délire.

La journée, je regarde. Je ressens des tas de choses. Pas de l'empathie, encore moins de la pitié. Une espèce de conscience aigue de la marche du monde, de son injustice. Je sais à quel côté du monde j'appartiens. Ca me tord les tripes. Je l'accepte. La résignation naît peu à peu durant ce voyage. Parce c'est comme ça, parce que notre monde est comme ça. Parce qu'il en va ainsi. Il n'y a rien d'intellectuel, je ne raisonne pas là dessus là-bas, je le ressens.

Tandis que E. discute au téléphone, je me souviens de ça. Les larmes explosent, c'est plus fort que moi. Elle raccroche, revient dans la pièce, j'ai essuyé mes joues.

J'avais perdu tous mes repères, je me sentais agressée, je n'étais plus moi-même. Je perdais le sens de l'orientation, je perdais la mémoire, j'oublais les visites, les lieux, les promenades, j'oubliais. Tout. Je ne faisais pas exprès.

Aujourd'hui, je me concentre, et tout revient. Tout est là, les images sont nettes. C'est même troublant à quel point elles sont nettes.

Parfois je me pose la question, est ce que tout ça en valait la peine? Est ce que je n'aurais pas dû rentrer plus tôt ? Et si c'était à refaire ?...

E. me disait, tu verras, tu regarderas tes photos, ces rues, tu te diras, j'étais là-bas, c'était bien moi, je l'ai fait, et tu seras fière.

Je me souviens de la chaleur abrutissante, la sueur. La poussière, l'air saturé de pollution qui rentrait dans ma gorge, mon nez, j'étouffais, les couleurs, les maisons, les gens partout, les mobylettes qui roulent partout, les vaches, et moi au milieu des voitures. Les bruits, les klaxons en continu, ces drôles de klaxons qui jouaient une mélodie insupportable et beaucoup trop forte, les odeurs épouvantables, je regarde les photos, je me vois dessus, j'étais là-bas, c'est vrai. Dans ces rues, dans les bus, sur les routes de campagne, pendant des heures et des heures, je collais mon visage à la vitre. J'ai toujours voulu en regarder le plus possible même si j'en pouvais plus. Et un matin, j'ai posé ma main sur le marbre du Taj Mahal, la pierre était froide, c'était doux.

Je me pose la question. Est ce que ce voyage en valait la peine ?

Oui.

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Rédigé par Mimi

Publié dans #Inde-Rajasthan

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Commenter cet article

Laurie 11/09/2012 18:16

Ton billet me donne des frissons tellement tes émotions sont fortes. Plein de courage pour ces durs moments de retour.

Mimi 12/09/2012 13:46



merci Laurie...



anne 26/08/2012 14:55

one word only : magnifique...