le goût du sel sur les lèvres #5

Publié le 23 Juillet 2011

Un soir, je pris une douche pour rincer les derniers grains de sable, j’enfilai une jupe courte et attrapai mon petit sac bleu. Le ciel était chargé. Les premières gouttes de pluie vinrent alors s’écraser sur le sol. Ce soir là, nous allions assister à l’arrivée des pêcheurs dans la petite ville portuaire de Calpe. Durant le trajet, nous longions la côte. Je voyais au loin les finca blanches et bleues, perdues au milieu des orangers et surplombant la mer. De leur hauteur, elles nous narguaient, c’était sûr. De petites gouttes de pluie ruisselaient sur le pare-brise. Par la fenêtre, je sentais l’odeur du bitume mouillé.

C’est un spectacle étonnant que de voir ces travailleurs de la mer en bottes de caoutchouc et salopette tachée, des cals aux mains, le teint buriné, la barbe à peine taillée. Les voir décharger des caisses et des caisses de poissons frais sur le coup de 17h30, savoir qu’ils sont en mer depuis l’aube et que la journée ne sera pas fini avant d’avoir nettoyer, ranger, faire peser et estimer le poisson laisse une drôle d’impression, l’admiration peut être. Des touristes étaient là comme nous, appareil photo en bandoulière, à l’affût d’un instant à saisir. Il y avait parmi nous comme une espèce de gratitude pour ces hommes qui vont chercher de leurs mains une nourriture que l’Homme mange depuis la nuit des temps. Rougets, petits crabes, poulpes et autres poissons, mollusques et crustacés, apparaissaient dans des caisses, sous nos yeux plein d’humilité face au travail des pêcheurs.

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Alors que quelques gouttes d’eau de mer m’éclaboussaient les bras, je tournai la tête et vit un petit garnement jouer avec un poisson mort -sans doute invendable. C’était drôle de voir l’enfant explorer les contours de ce petit corps à l’œil globuleux. Le petit monstre s’attaquait maintenant aux globes oculaires du poisson, après avoir bien observé l’intérieur de la bouche. Il brandissait son poisson mort dans le poing, fier de son nouveau jouet. Je cessai de le regarder quand il devint un peu trop explorateur à mon goût. Je n’entendais désormais plus que les cris effrayés de ses grandes sœurs à qui il faisait peur en leur courant après.

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La plage se vidait doucement de ses touristes. La lumière blafarde caressait les traces de pas dans le sable. Les derniers nageurs profitaient des quelques rayons qui filtraient à travers les gros nuages. Nous filâmes alors dans un restaurant pour manger des sardines grillées et des beignets de morue.

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Rédigé par Mimi

Publié dans #Espagne

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